Apprentissage : l'Unédic mesure le coût, mais qui mesure l'insertion ?
L'Unédic vient de publier une étude pointant la progression des dépenses d'indemnisation chômage liées aux anciens apprentis. Des chiffres qui méritent d'être mis en perspective avant d'en tirer des conclusions hâtives sur l'efficacité du dispositif.
Ce que dit l'étude
En 2025, 209 000 jeunes ont ouvert des droits à l'allocation chômage à la suite d'un contrat d'apprentissage, soit trois fois plus qu'en 2019. Les dépenses associées atteignent 1,3 milliard d'euros, un niveau quatre fois supérieur à celui de 2019. Un tiers de ces ouvertures de droits fait suite à une rupture anticipée de contrat, les deux tiers intervenant en fin de formation sans accès immédiat à l'emploi.
L'Unédic souligne également l'évolution du profil des allocataires : plus diplômés du supérieur, plus âgés, davantage féminisés, et davantage concentrés en Île-de-France — reflet direct de la montée en charge de l'alternance dans l'enseignement supérieur depuis 2018.
L'Unédic pointe également que les exonérations de cotisations patronales sur les contrats d'apprentissage représentent un manque à gagner de l'ordre de 500 millions d'euros par an pour le régime — compensé en principe par l'État.
Un cadrage à replacer dans son contexte
La lecture de ces données doit tenir compte d'un fait arithmétique simple : les entrées en apprentissage ont triplé entre 2019 et 2024, passant à 891 000 par an. Il est donc attendu, et logique, que le nombre de sortants recourant à l'assurance chômage augmente dans des proportions similaires — sans que cela traduise nécessairement une dégradation de l'insertion.
En l'absence du taux d'insertion — c'est-à-dire de la part des apprentis qui accèdent effectivement à l'emploi durable — le chiffre brut des entrées au chômage ne dit rien de l'efficacité du dispositif. Or l'Unédic, dont la mission est de gérer l'équilibre financier du régime, publie naturellement l'angle qui éclaire ses enjeux de financement. Ce prisme est légitime, mais partiel.
L'angle manquant : les taux d'insertion toujours incomplets
C'est précisément là que le bât blesse. Le dispositif InserJeunes, piloté par les ministères de l'Éducation nationale et du Travail, fournit des données d'insertion à 6 mois pour les formations jusqu'au niveau BTS. Pour l'enseignement supérieur, InserSup monte progressivement en charge depuis 2023, mais sa couverture reste incomplète — les doctorats n'y seront intégrés qu'en 2026, et les données disponibles portent sur l'emploi salarié en France uniquement, sans mesurer les situations de chômage ou d'inactivité. La comparaison systématique et consolidée entre filières, niveaux et types de contrats (apprentissage versus voie classique) n'est pas encore accessible de façon transparente et harmonisée. ...