France Travail et la Dreets Occitanie ont publié leur bilan annuel du marché du travail régional. Le document décrit un « ralentissement économique » accompagné d'un « renouveau de l'accompagnement vers l'emploi ». Une lecture plus fine des chiffres invite à nuancer ce cadrage.
Un emploi salarié qui recule, une première depuis la crise sanitaire
Après des hausses modérées en 2022, 2023 et 2024, l'emploi salarié régional se contracte en 2025 (-0,2 %, soit -3 440 postes) — la première baisse annuelle depuis 2020. La construction perd 2 900 emplois et les offres collectées par France Travail chutent de 16,5 % sur un an, après un repli de 7,7 % en 2024. En deux ans, le volume d'offres a diminué d'environ un quart.
Les ruptures de contrat s'accélèrent
C'est l'indicateur le moins mis en avant du document. Les ruptures pour motif économique atteignent 9 045 emplois détruits en 2025, contre environ 7 850 en 2024 et 6 950 en 2023 — une hausse de 13 % puis 15 % sur les deux derniers exercices. Le nombre de plans de sauvegarde de l'emploi, 200 en 2025, est le plus élevé depuis 2020. La Haute-Garonne concentre 38 % de ces ruptures, pour un poids de 30 % dans l'emploi régional.
Une détente des tensions de recrutement à double lecture
Le bilan souligne, pour la troisième année consécutive, une baisse des projets de recrutement jugés difficiles (41 % en 2026, contre 58 % au pic de 2023). Présenté comme un signe d'amélioration de l'adéquation offre-demande, cet indicateur peut aussi traduire un ralentissement de l'activité : les intentions d'embauche reculent elles-mêmes depuis deux ans.
Une hausse de la demande d'emploi en partie mécanique
La progression de +4,0 % des inscrits en catégories ABC résulte largement de l'élargissement du périmètre opéré par la loi pour le plein emploi (111 000 personnes intégrées automatiquement dès janvier 2025). Hors cet effet, la hausse réelle ressortirait à 1,4 %, selon les propres séries complémentaires de la Dreets — un chiffre qui n'apparaît qu'en fin de document.
Ce que cela suggère
Un signal mérite d'être noté à part : le recul de l'intérim, indicateur avancé du marché du travail car les entreprises y ajustent leurs effectifs avant de toucher aux contrats stables, en est à sa troisième année de baisse consécutive (-4,5 % en 2025, après -5,8 % en 2024). Cette persistance suggère une tendance de fond amorcée avant 2025, plutôt qu'un accident de conjoncture isolé. Le document reste d'ailleurs transparent sur ces points : les indicateurs les moins favorables y figurent, simplement en pages intérieures plutôt que dans la synthèse d'ouverture. Pour un lecteur professionnel, l'enjeu reste de replacer ces signaux dans une lecture globale plutôt que de s'arrêter au seul cadrage introductif.
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