Du Compte Personnel de Formation au Compte Plafonné de Formation

C’était une évolution prévisible. Elle est en passe de devenir réalité.

Dans les prochaines semaines, le gouvernement devrait publier un décret plafonnant le montant mobilisable du Compte personnel de formation (CPF) pour l’achat d’une formation.

Sur le papier, le CPF reste intact. Dans les faits, son usage va être fortement restreint.

Vous êtes salarié depuis plus de dix ans et n’avez jamais utilisé votre CPF ? Votre compte est au plafond : 5 000 €, voire 8 000 € pour les personnes peu qualifiées ou en situation de handicap.
Mais demain, ce montant ne sera plus réellement mobilisable.

Hors formations certifiantes inscrites au RNCP, le montant utilisable serait plafonné à 1 500 € par formation, même si celle-ci en coûte 3 000. Le reste ? À votre charge, ou à celle de votre employeur ou de France Travail.

Autrement dit : le CPF existe toujours, mais dans des limites budgétaires de plus en plus étroites, bien loin de la promesse initiale de formation tout au long de la vie.

Cette réforme s’apparente à une véritable catastrophe, pour au moins trois raisons.

1. Une aberration économique

Ces dernières années, des milliers d’organismes de formation ont investi massivement pour concevoir des parcours courts, ciblés, directement utiles aux besoins actuels du marché du travail.

Ingénierie pédagogique, démarches qualité, référencement CPF, communication…
Entre 6 et 12 mois de travail sont souvent nécessaires avant de proposer une offre viable, à un prix juste.

Avec un plafond fixé à 1 500 €, l’équilibre économique de nombreux acteurs sera fragilisé, voire rendu impossible.
La conséquence est prévisible : moins d’innovation, des formats appauvris, une pression accrue sur les coûts… et, à terme, une baisse de la qualité des formations proposées.
 

2. Un contresens en matière de compétitivité

Dans un monde où les compétences évoluent plus vite que jamais, la montée en compétences doit être rapide, flexible et adaptée aux réalités du terrain.

Privilégier quasi exclusivement les formations longues et diplômantes du RNCP revient à favoriser une logique de diplôme là où le marché réclame souvent des compétences opérationnelles immédiates.

Les référentiels RNCP sont actualisés tous les cinq ans.
C’est long. Trop long, face à l’accélération des technologies, des usages et des métiers.

Ce choix risque de creuser un décalage entre les besoins réels des entreprises et les parcours accessibles aux actifs, au détriment de la compétitivité globale.
 

3. Une déresponsabilisation de l’État

L’argument central avancé reste la lutte contre la fraude au CPF.
Oui, la fraude existe. Mais dans quelles proportions exactes ? Et surtout, pourquoi n’avoir pas mis en place plus tôt des mécanismes de contrôle réellement dissuasifs ?

Faute d’une politique de contrôle efficace, l’État choisit une solution plus simple : réduire le gâteau et pénaliser indistinctement l’ensemble des bénéficiaires et des acteurs du système.

On ne sanctionne pas les fraudeurs.
On restreint l’accès à la formation pour tous.

 

En amputant progressivement le CPF, on assiste à la lente agonie d’un dispositif qui avait pourtant réussi un exploit rare :
redonner aux actifs le goût et l’initiative de se former.

La France tenait là une référence européenne en matière d’accès individuel à la formation.
À force de restrictions budgétaires et de décisions court-termistes, elle risque surtout de transformer un outil d’émancipation en coquille vide.

La question n’est plus de savoir s’il fallait réformer le CPF.
Mais comment le faire sans trahir sa promesse initiale.